Tropaire de la Théophanie
Dans les eaux du Jourdain lorsque, Seigneur, Tu fus baptisé, à l’univers fut révélée la sainte Trinité ; en Ta faveur se fit entendre la voix du Père Te désignant comme son Fils bien-aimé ; et l’Esprit sous forme de colombe confirma la vérité du témoignage. Ô Christ notre Dieu qui t’es manifesté et as illuminé le monde, nous chantons ta gloire.
Péricopes de ce dimanche
Lecture de l’épître de saint Paul à Tite (de la Théophanie : Tite 2, 11-14 ; 3, 4-7) :
Tite, mon enfant, elle s’est manifestée, la grâce de Dieu, source de salut pour tous les humains ! Elle nous éduque, afin que nous renoncions à l’impiété et aux convoitises du monde, pour vivre dans le siècle présent avec tempérance, justice et piété, attendant la bienheureuse espérance et l’épiphanie de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ. Il s’est donné lui-même pour nous afin de nous racheter de toute iniquité et de purifier pour lui-même un peuple élu, zélé pour les œuvres de bien. Et lorsque se sont manifestés la bonté et l’amour pour les humains de Dieu notre Sauveur, Il nous a sauvés, non en vertu des œuvres de justice accomplies par nous, mais selon sa miséricorde, par le bain de la régénération et de la rénovation en l’Esprit Saint. Cet Esprit, Il l’a richement répandu sur nous, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, justifiés par la grâce de celui-ci, nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle
Lecture de l'Évangile selon saint Matthieu (de la Théophanie : Matthieu 3, 13-17)
En ce temps-là, Jésus arrive de Galilée au Jourdain vers Jean pour être baptisé par lui. Jean voulait l’en empêcher et disait : « Moi, j’ai besoin d’être baptisé par Toi, et Toi Tu viens à moi ! » Mais Jésus lui répondit et lui dit : « Permets cela pour le moment : car c’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice. » Alors, il Le lui permet. Une fois baptisé, Jésus remonta aussitôt de l’eau. Et voici : les cieux s’ouvrirent pour lui et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici : une voix du haut des cieux disait de lui : « Celui-ci est mon Fils, le Bien-aimé, en qui Je me reconnais. »
Synaxaire
Célébration de la Théophanie. Le 6 janvier, jour de la Théophanie ou de l’Épiphanie, est – après Pâques et la Pentecôte – l’une des plus grandes fêtes du calendrier des Églises de rite byzantin. Elle commémore le baptême de notre Seigneur par Jean dans les eaux du Jourdain et, plus généralement, la manifestation publique du Verbe incarné au monde.
Après trente années de vie cachée, pendant lesquelles Il s’est montré le modèle de l'humilité, de l'obéissance à ses parents et de la soumission à la Loi, Notre Seigneur Jésus-Christ inaugura son ministère public par une révélation éclatante de Sa divinité. Le Père et le Saint-Esprit rendirent témoignage lors de son Baptême que Jésus est vraiment le Fils Unique de Dieu, consubstantiel au Père, la Seconde Personne de la Sainte Trinité, le Verbe incarné pour notre salut, le Sauveur annoncé par les Prophètes, et qu'en Sa Personne la Divinité S'est unie sans mélange à notre humanité. C'est pourquoi cette Fête du Baptême du Christ a été appelée Epiphanie (« manifestation ») ou Théophanie, c'est-à-dire « manifestation de la Divinité » du Christ et première claire révélation du Mystère de la Sainte Trinité.
De nombreuses fois auparavant Dieu s’était révélé par des signes, mais aujourd’hui, le Père et le Saint Esprit joignent leur témoignage pour attester que cet homme remontant des eaux est le Fils unique et Verbe de Dieu. Le Père est Dieu, le Fils est Dieu et le Saint Esprit est Dieu : non pas trois dieux mais trois Personnes (hypostases) en une seule nature (essence), unis sans être confondus. Mystère des mystères, inaccessible à la pensée humaine et à la contemplation des anges, que le Seigneur Jésus-Christ, par son Baptême au Jourdain, nous a non seulement fait connaître mais dont Il nous a aussi rendus participants.
Comme les Prophètes l'avaient annoncé, le monde sensible, que symbolise le Jourdain, recréé et pénétré de Lumière dans le mystère du Christ, devient participant du salut et de la joie de l'humanité renouvelée par le Saint-Esprit.
Devenue eau vive (Jn. 4:10), bain de la nouvelle naissance, l'eau que nous sanctifions avant chaque Baptême, le jour de la fête de la Théophanie et en de nombreuses autres circonstances, en y plongeant la Croix et en invoquant le Saint-Esprit, acquiert un divin pouvoir de guérison et de purification des âmes et des corps. C'est pourquoi, après en avoir été aspergés dans l'église, les fidèles boivent de cette eau le jour de la fête et en emplissent des flacons qu'ils emportent chez eux et qu’ils peuvent boire à jeun, en cas de maladie ou en d’autres occasions...
Paroles des Pères
Commentaire d’Augustin selon lequel le baptême du Seigneur manifeste la Sainte Trinité :
Voici sous nos yeux comme un divin spectacle; sur les rives du Jourdain notre Dieu se révèle à nous dans sa Trinité sainte. Jésus vient et il est baptisé par saint Jean. Le Seigneur reçoit le baptême du serviteur afin de nous donner un exemple d'humilité, car l'humilité est la plénitude de la justice ; lui-même l'a enseigné quand, à ces paroles de Jean: « C'est moi qui dois être baptisé par vous, et c'est vous qui venez à moi! », il répondit: « Laisse faire pour l’instant, afin d'accomplir toute justice. » Lorsque Jésus fut baptisé, les cieux s'ouvrirent, et l'Esprit-Saint descendit sur lui en forme de colombe. On entendit ensuite cette voix d'en haut: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute ma bienveillance. » Ne voyons-nous pas ici la Trinité distinctement? Dans la voix nous entendons le Père, nous adorons le Fils dans l'homme qui reçoit le baptême, et l’Esprit-Saint dans la colombe. Il suffit de le rappeler ; rien n'est plus facile à saisir. Quoi de plus évident? Quoi de plus indubitable? C'est bien ici la Trinité.
Augustin, Sermon LII, Sur la Sainte Trinité.
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Commentaire de saint Jérôme selon lequel la Sainte Trinité s’est manifestée lors du baptême du Seigneur :
Le mystère de la Trinité est manifesté dans ce baptême. Le Seigneur est baptisé; le Saint Esprit descend sous la forme d’une colombe ; la voix du Père rendant témoignage au Fils se fait entendre. Les cieux s’ouvrent, non point que les éléments soient écartés, mais seulement aux yeux de l’esprit, de la même façon qu’ils s’étaient ouverts aux yeux d’Ezéchiel, qui le rapporte au commencement de son livre. La colombe se reposa aussi sur la tête de Jésus, afin qu’il ne vint à la pensée de personne que ce fût à Jean et non au Seigneur que s’adressait la voix du Père.
Saint Jérôme, Commentaire sur Matthieu, trad. Bareille, p. 539.
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Commentaire de saint Jean Chrysostome selon lequel le baptême du Christ manifeste son humilité :
Le Seigneur, mes frères, vient se faire baptiser avec des esclaves, et le juge avec des criminels. Mais que cette humilité d’un Dieu ne vous trouble point, car c’est dans ses plus grands abaissements, qu’il fait paraître sa plus grande gloire. Vous étonnez-vous que Celui qui a bien voulu être durant plusieurs mois dans le sein d’une vierge, et en sortir revêtu de notre nature, qui a bien voulu depuis souffrir les soufflets, le tourment de la croix, et tant d’autres maux auxquels il s’est soumis pour l’amour de nous, ait voulu aussi recevoir le baptême, et s’humilier devant son serviteur, en se mêlant avec la foule des pécheurs? Ce qui doit nous surprendre, c’est qu’un Dieu n’ait pas dédaigné de se faire homme. Mais après ce premier abaissement, tout le reste n’en est qu’une suite naturelle.
Aussi saint Jean, pour nous préparer à cette humiliation du Fils de Dieu, dit de lui auparavant, qu’il n’est pas digne de délier le cordon de ses souliers; qu’il était le juge universel qu’il rendrait à chacun selon ses oeuvres, et qu’il répandrait les grâces du Saint-Esprit sur tous les hommes, afin qu’en le voyant venir au baptême, vous ne soupçonniez rien de bas sous cette humilité. C’est dans ce même dessein que lorsqu’il le voit présent devant lui, saint Jean lui dit pour l’empêcher : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par vous, et vous venez à moi ? »
Saint Jean Chrysostome, Homélies sur Matthieu, Homélie XII.
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Commentaire de saint Jean Chrysostome sur la forme symbolique de la colombe, qui symbolise la douceur et la paix et qui rappelle la colombe qui ramena un rameau d’olivier à l’arche de Noé :
Mais pourquoi, me direz-vous, le Saint-Esprit paraît-il sous la forme d’une colombe? C’est parce que la colombe est douce et pure, et le Saint-Esprit, qui est un esprit de douceur et de paix, a voulu paraître sous cette figure. Cette colombe nous fait aussi souvenir d’un fait que nous lisons dans l’Ancien Testament. Lorsque toute la terre fut inondée par le déluge, et toute la race des hommes en danger de périr, la colombe parut pour annoncer la fin du cataclysme, elle parut avec un rameau d’olivier, apportant la bonne nouvelle du rétablissement de la paix dans le monde. Or tout cela était une figure de l’avenir. Les affaires des hommes étaient alors dans une bien pire condition qu’aujourd’hui, et le châtiment qu’ils avaient mérité, plus terrible. Il y a donc pour nous, dans la réminiscence de cette antique histoire, un motif de ne pas désespérer, puisque l’issue d’un état de choses si désespéré fut une délivrance et un amendement. Mais ce qui se fit alors par le déluge des eaux, s’opère aujourd’hui comme par un déluge de grâce et de miséricorde. La colombe ne porte plus maintenant un rameau d’olivier, mais elle montre aux hommes Celui qui va les délivrer de tous leurs maux, et elle nous marque les grandes espérances que nous devons concevoir. Elle ne fait point sortir de l’arche un seul homme pour repeupler la terre, mais elle attire toute la terre au ciel, et au lieu d’un rameau d’olivier elle apporte aux hommes l’adoption des enfants de Dieu.
Saint Jean Chrysostome, Homélies sur Matthieu, Homélie XII, 3.
Commentaire de saint Jean Chrysostome selon lequel le baptême de Jean était la préfiguration du baptême chrétien, de même que la Pâque juive était la préfiguration de la Résurrection du Seigneur :
De même que Jésus-Christ célébra d’abord l’ancienne Pâque avant que de l’abolir et d’établir la nouvelle; de même ici ce n’est qu’après avoir reçu le baptême judaïque qu’il le fait cesser, et qu’il commence d’ouvrir le mystère du baptême et de la grâce de son Eglise. Ce qu’il fera plus tard sur la même table, il le fait maintenant dans le même fleuve, il retrace l’ombre, puis immédiatement après il offre la vérité. Car la grâce du Saint-Esprit ne se trouve que dans le baptême de Jésus-Christ, et elle n’était point dans celui de Jean. C’est pour ce sujet que le Saint-Esprit, n’est descendu sur aucun de ceux que saint Jean a baptisés, mais seulement sur Celui qui nous devait donner la grâce de ce second baptême, afin que nous puissions reconnaître, avec les choses déjà dites, que ce n’était point la pureté ni le mérite de celui qui baptisait, mais la puissance de Celui qui était baptisé qui a fait cette merveille. Ce fut donc alors qu’on vit les cieux s’ouvrir, et le Saint-Esprit descendre sur la terre. Jésus-Christ voulait nous transférer de l’ancienne alliance à la nouvelle. C’est pourquoi il ouvre ces portes célestes, et il fait descendre son Saint-Esprit pour rappeler les hommes à cette patrie divine. Et il ne les y appelle pas seulement, mais il le fait en les honorant d’une souveraine dignité, car il nous attire en ce séjour bienheureux après nous avoir faits non anges, non archanges, mais les enfants de Dieu, et ses enfants bien-aimés.
Saint Jean Chrysostome, Homélies sur Matthieu, Homélie XII, 3.
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Commentaire de saint Théophane le reclus sur le sens du terme de Théophanie :
Le Baptême du Seigneur est appelé Théophanie (signifiant en grec « manifestation de Dieu »), parce qu'en Lui s'est manifesté très clairement le Seul vrai Dieu, vénéré dans la Trinité. Dieu le Père, par la voix venant du ciel, Dieu le Fils qui s'est incarné, par le baptême, Dieu le Saint Esprit, par la descente sur le Baptisé. Là est dévoilé aussi le mystère de la relation des Personnes de la Très Sainte Trinité : Dieu l'Esprit Saint procède du Père et repose dans le Fils, mais ne procède pas de Lui. Il apparaît là aussi que l'économie incarnée du Salut est accomplie par Dieu le Fils qui a pris chair, avec l'Esprit Saint et Dieu le Père, qui lui sont inhérents. Il apparaît là également que le salut de chacun ne peut être accompli autrement que dans le Seigneur Jésus Christ, par la grâce de l'Esprit, selon la bienveillance du Père. Tous les mystères chrétiens brillent ici de leur lumière divine et illuminent les esprits et les cœurs de ceux qui célèbrent cette grande fête avec foi.
- Saint Théophane le Reclus, Réflexion pour chaque jour de l’année d’après les lectures de l’Eglise, extraites de la Parole de Dieu.
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Commentaire de saint Jérôme résumant sous forme de liste des raisons pour lesquelles le Seigneur a reçu le baptême de Jean :
Le Sauveur reçut le baptême pour trois raisons : premièrement, parce que, s’étant fait homme, il devait accomplir la Loi dans toutes ses prescriptions ; secondement, afin de sanctionner par son baptême le baptême de Jean ; et en troisième lieu, afin qu’en sanctionnant les eaux du Jourdain, il montrât, par la venue de la colombe, la descente du Saint-Esprit dans le baptême des croyants.
Saint Jérôme, Sur Matthieu, trad. Bareille, p. 538.
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Commentaire de p. Lev Gilet :
La Théophanie est la première manifestation publique du Christ. (…) En quoi consiste cette manifestation ? Elle comporte deux aspects. D’une part, il y a l’aspect d’humilité représenté par le baptême auquel Notre Seigneur se soumet. D’autre part, il y a un aspect de gloire représenté par le témoignage humain que le Précurseur rend à Jésus et, sur un plan infiniment plus élevé, le témoignage divin que le Père et l’Esprit rendent au Fils. (…) Toute manifestation de Jésus Christ, aussi bien dans l’histoire que dans la vie intérieure de chaque homme, est une manifestation d’humilité et de gloire tout à la fois. Quiconque sépare ces deux aspects du Christ commet une erreur qui fausse toute la vie spirituelle. Je ne puis m’approcher du Christ glorifié sans m’approcher en même temps du Christ humilié, ni du Christ humilié sans m’approcher du Christ glorifié. (...) Tel est le premier enseignement de la Théophanie.
L’aspect d’humilité de la Théophanie consiste dans le fait que Notre Seigneur se soumet au baptême de pénitence de Jean. Celui-ci refuse tout d’abord, mais Jésus insiste : Laisse. Il faut que toute justice s’accomplisse (Mt 3, 13-15). (…) La Théophanie est, par excellence, la fête du baptême, non seulement du baptême de Jésus, mais de notre propre baptême. Elle est une merveilleuse occasion pour nous de renouveler en esprit le baptême que nous avons reçu et de raviver la grâce qu’il nous a conférée. Car les grâces sacramentelles, même interrompues et suspendues par le péché, peuvent revivre en nous si nous nous tournons sincèrement vers Dieu. (…)
L’aspect de gloire de la Théophanie consiste dans les deux témoignages qui furent alors rendus solennellement à Jésus. Il y eut le témoignage de Jean. Et il y eut le témoignage divin du Père et de l’Esprit. Le témoignage du Père était la voix venue du ciel et disant : Tu es mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toute ma complaisance (Lc 3,22). Le témoignage de l’Esprit était la descente de la colombe : Et l’Esprit Saint descendit sur lui sous une forme corporelle, tel une colombe (Lc 3,22). Voilà le véritable baptême de Jésus. La parole prononcée par le Père et la descente de la colombe sont plus importants que le baptême d’eau que Jean donne à Jésus. Le baptême d’eau n’était qu’une introduction à cette manifestation divine. C’est avec raison que, dans l’ancienne liturgie chrétienne, la fête du 6 janvier est appelée, non pas "Théophanie", mais "Théophanies", au pluriel, car il ne s’agit pas d’une seule manifestation divine : il s’agit de trois manifestations.
Le Père, le Fils, l’Esprit sont tous trois révélés au monde lors du baptême de Jésus ; le Père et l’Esprit se révèlent dans la relation d’amour qui les unit au Fils. Nous touchons ici à ce qu’il y a de plus profond et de plus intime dans le mystère de Jésus. Si grand que soit le ministère rédempteur du Christ en faveur des hommes, la vie d’intimité du Fils avec le Père et l’Esprit est une réalité plus grande encore. Jésus ne nous est vraiment manifesté que si nous entrevoyons quelque chose de cette intimité divine, et si nous entendons intérieurement la voix du Père : Voici mon Fils bien-aimé..., et si nous voyons le vol de la colombe sur la tête du Sauveur. La fête de la Théophanie ne sera vraiment une épiphanie, une manifestation du Christ, qu’à cette condition. Il faut que notre piété atteigne, dans le Fils, le Père et l’Esprit. Il faut que, comme Jean-Baptiste, nous puissions nous souvenir et témoigner : J’ai vu l’Esprit descendre… (Jn 1,32). C’est là la gloire de la Théophanie. Et c’est pourquoi la Théophanie n’est pas seulement la fête des eaux. L’ancienne tradition grecque l’appelle "la fête des lumières". Cette fête nous apporte, non seulement une grâce de purification, mais aussi une grâce d’illumination (ce nom même d’illumination était jadis donné à l’acte du baptême). La lumière du Christ n’était, à Noël, qu’une étoile dans la nuit obscure ; à la Théophanie, elle nous apparaît comme le soleil levant ; elle va croître et, après l’éclipse du Vendredi Saint, elle éclatera, plus splendide encore, le matin de Pâques ; et enfin, à la Pentecôte, elle atteindra le plein midi. II ne s’agit pas seulement de la lumière divine objective manifestée dans la personne de Jésus Christ et dans la flamme pentecostale. Il s’agit aussi, pour nous, de la lumière intérieure, sans une absolue fidélité à laquelle la vie spirituelle ne serait qu’illusion ou mensonge.
Dieu qui avait envoyé le Précurseur baptiser avec de l’eau lui avait dit : Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, baptisera dans l’Esprit Saint (Jn 1,33). Le baptême d’eau n’est qu’un aspect du baptême total. Jésus lui-même dira à Nicodème : À moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer au Royaume de Dieu (Jn 3,5). Le baptême d’Esprit est supérieur au baptême d’eau. Il constitue un don objectif et une autre expérience intérieure.
- Père Lev Gillet, L'An de grâce du Seigneur, signé "Un moine de l'Église d'Orient".
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Pourquoi le Saint-Esprit paraît-il sous la forme d’une colombe ? C’est parce que la colombe est douce et pure, et le Saint-Esprit, qui est un esprit de douceur et de paix, a voulu paraître sous cette figure. Cette colombe nous fait aussi souvenir d’un fait que nous lisons dans l’Ancien Testament : lorsque toute la terre fut inondée par le déluge, et toute la race des hommes en danger de périr, la colombe parut pour annoncer la fin du cataclysme, elle parut avec un rameau d’olivier, apportant la bonne nouvelle du rétablissement de la paix dans le monde. Or tout cela était une figure de l’avenir. [...] Mais ce qui se fit alors par le déluge des eaux, s’opère aujourd’hui par une sorte de déluge mais de grâce et de miséricorde. La colombe ne porte plus maintenant un rameau d’olivier, mais elle montre aux hommes Celui qui va les délivrer de tous leurs maux, et elle nous indique les grandes espérances que nous devons concevoir. Elle ne fait point sortir de l’arche un seul homme pour repeupler la terre, mais elle attire toute la terre au ciel, et au lieu d’un rameau d’olivier elle apporte aux hommes l’adoption comme enfants de Dieu.
Reconnaissez, mes frères, la grandeur de ce don, et ne croyez pas que, parce que le Saint-Esprit parait ici sous cette forme, Il soit en quelque chose inférieur à Jésus-Christ. Car je sais que quelques personnes disent qu’il se trouve autant de différence entre Jésus-Christ et le Saint-Esprit, qu’il y en a entre un homme et une colombe, puisque l’un a paru revêtu de notre nature, et l’autre seulement sous la forme d’une colombe. Que répondre à cela, sinon que le Fils de Dieu a pris la nature de l’homme, mais que le Saint-Esprit n’a pas pris la nature d’une colombe ? C’est pourquoi l’évangéliste ne dit pas que le Saint-Esprit ait paru dans la nature, mais sous « la forme » d’une colombe. Et, depuis ce temps, il n’a plus paru sous cette figure. Si de là vous concluez que le Saint-Esprit est moindre que Jésus-Christ, vous pourriez dire de même que les chérubins sont autant au-dessus du Saint-Esprit, puisqu’ils ont souvent paru sous la forme d’un aigle et qu’on pense que l’aigle est au-dessus de la colombe. Les anges aussi seraient plus grands que le Saint-Esprit, puisque souvent ils se sont revêtus de la figure d’un homme. Mais à Dieu ne plaise, que nous ayons cette pensée ! Il y a bien de la différence entre la vérité de l’Incarnation de Jésus-Christ, et la condescendance dont Dieu se sert, pour s’accommoder à la faiblesse des hommes.
Ne soyez donc pas si peu reconnaissants envers celui qui vous comble de tant de bienfaits, et n’opposez pas une extrême ingratitude à cette source de grâces qu’il verse sur vous, pour vous rendre heureux. Car cette seule dignité d’enfants adoptifs de Dieu entraîne nécessairement la destruction de tous les maux, et le don de tous les biens. […] De même que Jésus-Christ célébra d’abord l’ancienne Pâque juive avant de l’abolir et d’établir la nouvelle; de même ici ce n’est qu’après avoir reçu le baptême judaïque qu’il le fait cesser, et qu’il inaugure le mystère du baptême et de la grâce de son Eglise. Ce qu’il fera plus tard sur la même table il le fait maintenant dans le même fleuve, il retrace l’ombre, puis immédiatement après il offre la vérité. Car la grâce du Saint-Esprit ne se trouve que dans le baptême de Jésus-Christ, et elle n’était point dans celui de Jean. C’est pour ce sujet que le Saint-Esprit, n’est descendu sur aucun de ceux que saint Jean a baptisés, mais seulement sur Celui qui nous devait donner la grâce de ce second baptême, afin que nous reconnussions, avec les choses déjà dites, que ce n’était point la pureté ni le mérite de celui qui baptisait, mais la puissance de Celui qui était baptisé qui a fait cette merveille. Ce fut donc alors qu’on vit les cieux s’ouvrir, et le Saint-Esprit descendre sur la terre. Jésus-Christ voulait nous transférer de l’ancienne alliance à la nouvelle. C’est pourquoi il ouvre ces portes célestes, et il fait descendre son Saint-Esprit pour rappeler les hommes à cette patrie divine. Et il ne les y appelle pas seulement, mais il le fait en les honorant d’une souveraine dignité : car il nous attire en ce séjour bienheureux après nous avoir faits non des anges, ni des archanges, mais les enfants de Dieu, et ses enfants bien-aimés.
Considérons, mes frères, l’amour de Celui qui nous a appelés, l’état heureux auquel il nous appelle, et la gloire qu’il nous a donnée; et menons une vie qui soit digne de ces grands dons. Crucifions-nous pour le monde, et crucifions le monde pour nous; et employons tous nos soins à vivre ici-bas comme l’on vit dans les cieux. Ne croyons pas avoir quelque chose de commun avec la terre, sous prétexte que notre corps n’est pas encore élevé dans le ciel, puisque notre chef y règne déjà. Le Fils de Dieu est venu dans le monde avec les anges, et ayant pris la nature humaine, il l’a élevée dans les cieux lorsqu’il y est retourné, afin qu’avant que nous y montions aussi nous sussions qu’il ne nous est pas impossible de vivre dans la terre comme dans un ciel.
Tâchons de conserver la naissance illustre que nous avons reçue par notre baptême. Cherchons tous les jours ce royaume éternel, et considérons toutes les choses présentes comme des ombres et comme des songes. Si un roi de la terre vous avait trouvé pauvre et mendiant, et vous avait tout d’un coup adopté pour son fils, vous ne penseriez plus à votre misère passée, ni à la bassesse de votre cabane, quoique d’ailleurs il n’y ait pas une fort grande différence entre ces deux choses. Ne pensez donc plus à votre première condition, puisque l’état, auquel vous avez été appelé, est sans comparaison plus illustre que la dignité royale. Car Celui qui nous a appelés est le Seigneur des anges; et les biens qu’Il vous donnera ne sont pas seulement au-dessus de toutes paroles, mais même au delà de toutes pensées. Il ne vous fait point passer de la terre à la terre comme ce roi pourrait faire; mais il vous élève de la terre au ciel, et d’une nature mortelle à une gloire immortelle et ineffable, qui ne sera vraiment connue de nous que lorsque nous la posséderons.
- Saint Jean Chrysostome, Homélies sur saint Matthieu, homélie XII.