Épître du dimanche : Colossiens 1, 12-19.
Frères, avec joie, rendez grâce au Père qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière. Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres et nous a transférés dans le royaume du Fils de son amour ; en celui-ci nous sommes délivrés, nos péchés sont pardonnés. Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature, car en lui tout a été créé, dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles comme les invisibles, Trônes et Souverainetés, Autorités et Pouvoirs. Tout est créé par lui et pour lui, et Il est, Lui, par devant tout ; tout est maintenu en lui, et Il est, Lui, la Tête du Corps, qui est l’Église. Il est le Principe, le Premierné d’entre le morts, afin de tenir en tout, Lui, le premier rang. Car il a plu à Dieu de faire habiter en lui toute la plénitude.
Évangile du dimanche : Luc 17, 12-19.
En ce temps-là, comme Jésus entrait dans un village, dix hommes lépreux vinrent à sa rencontre. Ils se tinrent à distance, ils élevèrent la voix, et dirent : « Jésus, Maître, fais-nous miséricorde! » Jésus les vit et leur dit : « Allez, vous montrer aux prêtres ». Et il advint, pendant qu’ils y allaient, qu’ils furent purifiés. L’un d’entre eux vit qu’il était guéri, revint sur ses pas et il glorifiait Dieu à haute voix. Il se jeta aux pieds de Jésus, le visage contre terre, et lui rendit grâce. Cet homme était Samaritain. Jésus lui répondit alors, et dit : « Les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé, pour revenir rendre gloire à Dieu, que cet étranger ? » Et Jésus lui dit : « Lève-toi ! Va ! Ta foi t’a sauvé ».
Paroles des Pères
Extrait d'Alexandre Schmemann sur la gratitude comme attitude naturelle de l'homme : l'homme a été créé pour rendre grâce, pour bénir, être le prêtre de la création.
L'homme est un être qui a faim. Mais il a faim de Dieu. Derrière toutes les faims de notre vie, il y a Dieu. Tout désir est, finalement, désir de Dieu. Certes, l'homme n'est pas le seul être à avoir faim. Tout ce qui existe vit en "mangeant". La création tout entière dépend de la nourriture. Mais ce qui fait que la position de l'homme dans l'Univers est unique, c'est qu'il est le seul à qui il soit demandé de bénir Dieu pour la nourriture et la vie qu'il reçoit de lui. À lui seul de préonde à la bénédiction de Dieu par sa propre bénédiction. [...]
Dans la Bible, bénir Dieu n'est pas un acte "religieux" ou "cultuel", c'est la manière même de vivre. Dieu a béni le monde, béni l'homme, bi le septième jour (c'est-à-dire le temps). Et cela signifie qu'il a rempli tout ce qui existe de son amour et de sa bonté, qu'il a fait tout cela "très bon". Aussi la seule réaction naturelle (et non pas "surnaturelle") de l'homme à qui Dieu a donné ce monde béni et sanctifié doit-elle être de bénir Dieu en retour, de le remercier, de voir le monde comme Dieu le voit - et dans cet acte de gratitude et d'adoration - de connaître, de nommer et posséder le monde. Toutes les qualités rationnelles, spirituelles et autres de l'homme qui le distinguent des autres créateurs ont leur foyer et leur ultime épanouissement dans son pouvoir de bénir Dieu, et pour ainsi Dieu, de connaître le sens de la faim et de la soif qui constituent sa vie. Homo sapiens, homo faber... Oui, mais, avant tout, homo adorans. La définition première, fondamentale de l'homme, c'est qu'il est le prêtre. Il se tien debout au centre du monde, il lui donne son unité en bénissant Dieu, à la fois en recevant le monde des mains de Dieu et en l'offrant à Dieu - et en emplissant le monde de cette Eucharistie, il transforme sa vie, celle qu'il reçoit du monde, en une vie en Dieu, en communion.
Le monde a été créé comme la "matière", le matériau d'une Eucharistie universelle, et l'homme a été créé comme le prêtre de ce sacrement cosmique.
Alexandre Schmemann, Pour la vie du monde, p. 15-16.
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Homélie de saint Grégoire de Nysse sur l'importance de la gratitude.
Le Verbe de Dieu nous livre ses enseignements sur la prière lorsqu'il apprend aux disciples qui en sont dignes et qui cherchent avec ferveur à s'en instruire, avec quelles paroles il convient de prier pour se faire entendre de Dieu. […] Au contraire, celui qui ne s'unit pas à Dieu par la prière, se détachera de lui. Ce discours devra donc nous faire comprendre en premier lieu qu'il faut toujours prier sans se décourager (Lc 18,1). Car la prière a pour effet d'unir l'homme à Dieu, et celui qui est en communion avec Dieu est loin de l'Adversaire.
La prière sauvegarde la tempérance, maîtrise la colère, abat l'orgueil, extirpe la rancune. […] La prière est le sceau de la virginité et la fidélité du mariage. Elle est le bouclier des voyageurs, la garde de ceux qui dorment, la confiance de ceux qui veillent, la prospérité des agriculteurs, la sécurité des navigateurs. […]
Vraiment, quand bien même nous passerions toute notre vie à converser avec Dieu dans la prière et l'action de grâce, nous resterions, je crois, aussi indignes de cet échange avec notre bienfaiteur que si nous n'avions même pas conçu le désir de lui manifester notre reconnaissance.
Le temps se divise en trois moments : le passé, le présent et l'avenir. En chacun d'eux nous saisissons la bienveillance divine. Penses-tu au présent ? Tu es en vie grâce au Seigneur. Si tu envisages l'avenir, l'espoir de réaliser tes désirs repose sur le Seigneur. Quant au passé, tu n'aurais pas existé si le Seigneur ne t'avait pas créé.
Il t'a accordé sa faveur en te faisant naître, et depuis ta naissance il te l'accorde encore. Comme l'Apôtre le dit : Tu as en lui la vie et le mouvement (cf. Ac 17,28). Tu fondes sur cette même faveur ton espoir des réalités à venir. Toi, tu n'es maître que du présent.
Même si tu ne cesses de rendre grâce à Dieu durant toute ta vie, cela égalera à peine la grâce qu'il te fait au moment présent, et tu ne trouveras jamais le moyen de payer ta dette de reconnaissance pour le passé et pour l'avenir. Que nous sommes loin, d'ailleurs, de lui rendre grâce selon la mesure de nos capacités ! C'est au point que nous n'employons même pas les possibilités qui nous sont offertes de manifester notre gratitude. Nous négligeons, en effet, de réserver, je ne dis pas toute la journée, mais même une infime partie de celle-ci, à la méditation des réalités divines. […]
Qui a rétabli dans la grâce originelle l'image divine que le péché avait ternie en moi ? Qui me fait monter vers le bonheur que je possédais avant d'être exilé du paradis, privé de l'arbre de vie et englouti dans l'abîme de cette existence charnelle ? Il n'y a personne qui comprenne (Rm 3,11), dit l'Écriture. Car, en vérité, si nous y étions vraiment attentifs, durant toute notre vie nous ne cesserions de rendre grâce à Dieu.
- Saint Grégoire de Nysse, Homélies sur la prière du Seigneur, 1, PG 44, 1120 1124-1125.