Lecture de l’épître du saint apôtre Paul aux Corinthiens (du Triode : 1 Co. 6, 12-20) :
Frères, j’ai toute liberté, mais tout n’est pas utile. J’ai toute liberté, mais, moi, je ne laisserai rien avoir pouvoir sur moi ! La nourriture est pour le ventre, le ventre pour la nourriture, et Dieu abolira l’un et l’autre. Mais le corps n’est pas pour la débauche : il est pour le Seigneur, et le Seigneur est pour le corps. Et Dieu qui a ressuscité le Seigneur, nous ressuscitera nous aussi par sa puissance. Ne savez-vous pas que vos corps sont des membres du Christ ? Vais-je donc prendre les membres du Christ pour en faire les membres d’une débauchée ? En aucun cas ! Ou bien ne savez-vous pas que celui s’unit à la débauchée ne fait avec elle qu’un seul corps ? Car il est dit : « Les deux ne feront qu’une seule chair. » Mais celui qui s’unit au Seigneur n’est avec lui qu’un seul esprit. Fuyez la débauche ! Tous les péchés que l’être humain peut commettre sont extérieurs à son corps ; mais le débauché pèche contre son propre corps. Ne savez-vous pas que votre corps est le temple de l’Esprit saint, qui est en vous et que vous tenez de Dieu ? Vous ne vous appartenez pas, car vous avez été rachetés très cher : glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit, qui appartiennent à Dieu !
Lecture de l'Évangile selon saint Luc (du Triode : Luc 15, 11-32)
En ce temps-là, Jésus dit la parabole suivante. Un père avait deux fils et le plus jeune lui dit : « Père, donne-moi la part qui me revient de notre fortune. » Et le père partagea les ressources entre eux. Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout rassemblé, partit pour un pays lointain et, là, il dissipa sa fortune, menant une vie de perdition. Lorsqu’il eut tout dépensé, une cruelle famine toucha ce pays et il commença à être dans le dénuement. Il alla donc s’engager auprès d’un des habitants de ce pays qui l’envoya garder les porcs dans ses champs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les porcs, et personne ne lui en donnait. Entrant en lui-même, il dit : « Tant de salariés de mon père ont du pain en abondance et moi, ici, je meurs de faim ! Je vais me lever, j’irai vers mon père et je lui dirai : ‘ Père, j’ai péché contre le ciel et devant toi ; je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme un de tes salariés.’ » Il se leva et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut saisi de miséricorde ; il courut se jeter au cou de son fils et l’embrassa tendrement. Le fils lui dit : « Père, j’ai péché contre le ciel et devant toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. » Mais le père dit à ses esclaves : « Vite, apportez le vêtement le plus beau, et revêtez-l’en ; mettez-lui un anneau à la main et des chaussures aux pieds ! Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et réjouissons-nous ! Mon fils que voici était mort, et il est vivant ; il était perdu et il est retrouvé !» Et ils se mirent à se réjouir. Son fils aîné était aux champs : comme il approchait de la maison, il entendit jouer des danses ; il appela un des serviteurs et lui demanda ce qui se passait. Celui-ci lui dit : « Ton frère est là, et ton père a tué le veau gras parce qu’il l’a recouvré en bonne santé. » Le fils aîné se mit en colère et ne voulait pas entrer. Mais, son père sortit pour l’en prier. Il répondit à son père : « Voilà tant d’années que je te sers comme un esclave sans jamais transgresser un seul de tes commandements, et tu ne m’as jamais donné un chevreau pour me réjouir avec mes amis ; et quand ton fils que voilà revient, après avoir dévoré tes ressources avec des débauchées, tu tues pour lui le veau gras ! » Son père lui dit : « Mon enfant, tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi, mais il fallait se réjouir et rendre grâce, car ton frère que voici était mort et il est vivant ; il était perdu et il est retrouvé ! »
Paroles des Pères
« Le plus jeune vint trouver son père » - effectivement « le plus jeune », car il formule une exigence juvénile et complètement insensée ; de même le péché, engendrant l’éloignement de Dieu est plus jeune par son origine, étant une invention postérieure de notre volonté mauvaise. Quant à la vertu, elle est première-née, étant de toute éternité en Dieu et déposée dans nos âmes au commencement. (…)
Ainsi, le plus jeune s’éloigna de son père et partit pour un pays lointain où il dissipa tout son bien, vivant dans la débauche. Comment a-t-il dissipé son bien ? Notre principale richesse, c’est avant tout l’intellect (en grec noûs) qui nous est inné. Tant que nous demeurons dans le chemin du salut, il reste en nous et nous restons tendus vers l’Intellect premier et suprême : Dieu ; mais quand nous ouvrons la porte aux passions, notre intellect se dissipe aussitôt, vagabondant sans cesse autour des choses charnelles et terrestres, des plaisirs et des passions. La richesse de ce jeune homme, c’est le bon sens qui demeure en lui et qui engendre le discernement entre le bien et le mal, tant que lui-même demeure obéissant aux commandements et conseils du Père Très-Haut. Mais s’il rejette cela, alors il dissipe son bon sens dans la fornication et la démence. Remarquez que cela s’applique à chacune de nos vertus et de nos forces, qui sont notre richesse et qui, sous l’influence du mal multiforme, se donnent à lui et se dissipent. Car l’esprit a son désir orienté par nature vers le Dieu unique et véritable, le seul bon, le seul désirable, le seul à donner une jouissance qui n’est mêlée d’aucune tristesse. Tandis que lorsque l’intellect (noûs) faiblit, la force de l’âme envers l’amour véritable s’écarte de cet objet digne de nos désirs et se dissipe vers les attraits du plaisir : tantôt il désire des nourritures superflues, tantôt des corps impudiques, tantôt des choses inutiles et parfois la vaine et vide gloire. (…)
Puis le père ordonne d’apporter le veau gras, de l’immoler et de le lui offrir en nourriture. Ce Veau, c’est le Seigneur Lui-même, qui vient du secret de la Divinité et du trône qui existait avant toutes choses et qui, apparu sur la terre comme un homme, est immolé comme un veau pour nous pécheurs et, comme un pain suressentiel, nous est proposé en nourriture. »
- Saint Grégoire Palamas, Homélie III sur la parabole du Seigneur concernant le Fils Prodigue.